Temps de crise, période de gestation…. Du nouveau serait-il en route ?
Article mis en ligne le 4 avril 2020

Martine H. 31 03 2020

Temps de crise, période de gestation…. Du nouveau serait-il en route ?

Selon nos situations de confinement seul/seule, en couple à deux ou en famille, avec des enfants petits ou avec des jeunes adultes revenus au bercail, en grands parents tenus de garder des distances avec leurs petits -enfants… tous nous vivons cette situation inédite dans l’expectative. De quoi ?

Epargnés par la maladie, privés de la possibilité de nous rendre utiles sur le terrain, ne sommes-nous pas invités à nous aider mutuellement en scrutant ensemble les semences de vie qui murissent en nous, annonciatrices d’un nouveau printemps sur le chemin qui conduit à Pâques ?

Des textes passionnants et des vidéo humoristiques circulent abondamment sur les réseaux sociaux.

Au nombre de ces propositions, le rabbin Delphine Horvilleur nous invite à la rejoindre chaque mardi. S’appuyant sur la puissance évocatrice de la langue hébraïque, elle offre des pistes de réflexions pour scruter, interpréter, observer, écouter et rester en relation avec l’autre, sans céder à la peur de l’inconnu… https://tenoua.org/rencontre-atelier

Dans l’émission du 17 mars 2020, "Séparés mais ensemble" https://tenoua.org/tenoualive/#S%C3...
et celle du 24 mars 2020, "Contamination purification" https://tenoua.org/tenoualive/#CONT..., j’ai relevé quelques mots que nous rencontrons couramment dans les Ecritures. Relus au sein de cette crise, ils sont porteurs d’un sens étonnamment vivant !

En période de confinement, les portes se ferment, les murs se construisent, les parois de sécurité sont les plus étanches possibles mais il est indispensable de laisser les fenêtres ouvertes pour que le souffle de vie oxygène nos confinements. Par la fenêtre nous arrive le réveil de la nature, la sève remonte, les arbres bourgeonnent, les premières fleurs font leur apparition… la vie est bien là, réelle, frémissante.

Le mot d’hébreu moderne crise que nous traduisons par crise (translitéré mashber) peut signifier la table d’accouchement. Puisse notre lieu de confinement devenir alors une salle de travail ! Les difficultés, contraintes, inquiétudes et souffrances pourraient être les signes avant - coureurs d’une délivrance.

Apeurés par la gravité de la propagation du virus, nous devons nous protéger pour rester en bonne santé en nous confinant. Mais qu’est-ce que la santé ? Notre mot santé vient du latin salut, d’une racine qui signifie garder sain et sauf. La santé (mot translitéré Briout) n’est pas un état statique mais la capacité de demeurer vivant et créateur grâce à la présence de la Vie en nous. C’est une puissance de vie qui peut faire surgir du neuf du plus profond de la réalité présente. La maladie en hébreu moderne (mot translitéré macheleh), ne s’oppose pas vraiment à la santé. La maladie traduit, elle, une idée d’enfermement circulaire qui coupe de la capacité à rester ouvert à l’inattendu. Si nous voulons rester en bonne santé il faut éviter que le confinement génère le repli sur soi. Portes fermées oui mais fenêtres ouvertes. Les gestes de salut depuis les balcons symbolisent les mains tendues vers l’autre, vers les autres.

L’actualité invite à relire les prescriptions du Lévitique pour mieux comprendre le sens profond du pur et de l’impur. Il ne s’agit pas d’une notion de sale ou de propre, pas non plus de morale… Le pur, en hébreu (mot translitéré tahowr) c’est ce qui est porteur de lumière. Ce mot est de la même racine que le mot qui désigne le midi, le soleil au zénith, une lumière pure qui élimine le flou (cela peut faire penser à la rencontre de la Samaritaine et de Jésus !). Le mot impur (mot translitéré Tamor) a la même racine que le mot sidération. La tradition juive relève trois éléments qui renvoient à l’impur d’une façon radicale et tous trois provoquent la sidération. Car ils abolissent la frontière, la limite de protection entre l’intérieur et l’extérieur, ils brouillent les frontières structurantes. Il s’agit du serpent dont la mue élimine la peau, de la mort qui produit l’affaissement du corps et de la lèpre qui attaque la peau en détruisant l’épiderme. La frontière entre le pur et l’impur, entre la lumière et la ténèbre, entre la vie et ce qui la détruit dans l’ombre est une membrane poreuse, ténue et fragile.

En ces périodes de danger de contamination (de propagation du virus, la parole biblique éclaire le danger d’une compréhension erronée de la pureté. Il ne s’agit pas de la pureté comme de non contamination physique …Il s’agit de la capacité à choisir la vie encore et toujours, même quand elle « cohabite » avec des zones de mort. N’en est-il pas toujours ainsi ? : « J’ai placé devant toi la vie et la mort, choisis la vie » dit le Deutéronome (Dt30,15). Choisir le chemin de la santé en tant de crise, c’est accepter de porter nos regards sur ceux qui avant nous ont su traverser guidés par une lumière intérieure.

Et justement nous cheminons vers Pâques. Nous nous réapproprions avec une acuité particulière la traversée de la mer, en marchant comme de nuit dans le désert provoqué par le Covid 19… nous marchons ensemble vers la terre promise, méditant silencieusement, chacun pour soi. Comment nous laissons - nous libérer de nos terres d’esclavage ? Avec quelle manne nourrissons - nous notre liberté !…

Pour les chrétiens, la nuée qui guidait les Hébreux s’est arrêtée il y a 2000 ans au jardin de Gethsémani. Depuis lors c’est Jésus, le ressuscité, qui est devenu notre guide. Il nous devance toujours. Aujourd’hui il est présent dans notre Galilée où le pur et l’impur se côtoient. Confinés dans nos maisons, nous vivons une sorte de purification. Aidons-nous mutuellement à maintenir nos fenêtres ouvertes pour scruter ensemble le jaillissement de la lumière présente dans l’obscurité.