De manière providentielle, nous avons vécu notre Diglette 2026 à Hurtebise au Monastère des sœurs bénédictines ; en effet, Sœur Marie-Raphaëlle a accepté de nous recevoir, malgré l’imprévu, d’ «élargir les murs » pour donner un lieu à notre groupe nombreux (70 personnes dont 13 enfants). En allant trouver la sœur de la cuisine, elle lui a dit : « j’ai fait une folie » avec cette acceptation qu’au contraire la cuisinière a approuvé !
Était-ce déjà une façon d’entrer dans le mystère du Royaume de Dieu ? Royaume qui non seulement se fait proche (Mc 1, 15) mais qui est aussi au milieu de nous (Lc 17, 21). Avoir un lieu, une terre accueillante rejoint la promesse faite au peuple d’Israël, peuple de migrants avec Abraham, peuple d’étrangers avec Moïse (Lévitique … ) que nous étions aussi à cette occasion. Certes nous sommes arrivés à Hurtebise avec beaucoup d’attentes pour découvrir davantage cette réalité du Royaume ici et maintenant sans espérer ou désirer un Roi qui nous gouvernerait et prendrait soin de son peuple. Et pourtant cette attente d’un Roi, d’un Messie (oint) demeurait bien présente quand Jésus proclamait l’Evangile de Dieu en invitant à la conversion et à y croire … ! Et Jésus, la Nouvelle Alliance, a ouvert un nouveau champ de priorités (la non-violence, la justice… (Mt 6, 33)) nous dégageant de nos besoins immédiats que sont la nourriture et la boisson ainsi que le vêtement pour quitter l’espérance d’une terre (d’un lieu matériel) et nous initier à la réalité mystérieuse du « Royaume ici et maintenant » : Le Royaume est là, il est déjà là, nous n’avons pas à l’attendre après notre mort !
Nous sommes amenés à être (à devenir aujourd’hui) le « sujet du Royaume » au sens d’un assujetissement càd d’être en-dessous comme le pilier qui le porte. Dans un monde qui vacille, qui se déchire, était posée la question de savoir ce que nous fortifions par rapport à la Création qui nous est donnée, à l’environnement menacé ou à l’injustice sociale ? Comment puis-je être porteur de ce Royaume, telle était la question d’Yves Dosimont, notre intervenant du premier jour ? Son propos portant sur « con-templer le Royaume ».
Au seuil de la deuxième journée, Myriam Tonus a d’emblée mis l’accent sur le fait de sortir de nos catégories humaines du temps et de l’espace, pour percevoir la réalité du Royaume, qui est un terme politique (basileia en grec désignant un régime politique) et d’entendre ces termes de Royaume, de Règne comme « le monde selon le désir de Dieu » incluant la manière de vivre ensemble ici et maintenant.
Dieu veut que tous les humains soient sauvés et vivent dans la vérité (cf 1 Tm 2, 1-4) ; le « salut » consiste à nous libérer de tout ce qui détruit l’humain (aveuglement, mépris, pauvreté…).
Fondé sur un vœu de Dieu, le Royaume est un « état d’esprit », un appel à être des vivants dans le présent de notre vie. Ce qui est péché est ce qui détruit l’humain, l’autre ( la première fois que le mot ‘péché’ apparaît dans la Bible c’est quand Caïn s’en prend à son frère Abel).
Jésus voulait la vie de tout être humain comme en témoigne l’extrait d’Isaïe qu’il a lu dans la synagogue de Nazareth (Lc 4, 17 – 21) ; l’amour de l’autre (de l’ennemi) n’est pas d’abord un sentiment mais c’est faire le choix de la vie (cf Irénée « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant !(debout) »), c’est reconnaître que le pardon est la fine pointe de l’amour-agapè ! C’est-à-dire à celui qui nous a fait du mal vouloir le meilleur pour lui !
Et dans cette perspective du Royaume qui est déjà là au milieu de nous, nous avons une responsabilité. Notre responsabilité d’être des « semeurs » de vie (Mc 4, 26 – 29) en posant un regard bienveillant de paix, de réconfort, de consolation ; ces semences, il convient de les laisser agir et croître sans donner prise au fantasme de la pureté pharisaïque (cf la parabole du bon grain et de l’ivraie).
L’accès à cet « état d’esprit » du Royaume n’est possible qu’en naissant une seconde fois (cf Nicodème) ; il n’est pas possible de voir le Royaume à moins de naître d’en haut ! Ce qui implique de nous laisser inspirer par le Souffle, d’avoir une vie guidée par l’Esprit ! Une telle vie portée par l’Esprit produit les fruits de la joie, de la paix, de la bonté, de la patience… (cf Galates 5, 22 – 26).
Aujourd’hui nous pouvons reconnaître les situations qui témoignent du Royaume déjà en construction (cf les Droits de l’homme, les droits de l’enfant…) ; notre intervenante a conclu son propos en nous suggérant d’identifier dans nos vies les actions où nous contribuons déjà à la construction du Royaume ! Appelés à être des paroles vivantes, nous sommes le Corps du Christ dans le monde…
Le troisième jour, le lien entre les enfants et le Royaume des cieux a été présenté par Vincent et Marie. Quatre portes d’entrée ont été indiquées : l’humilité, la confiance, la capacité d’émerveillement et la liberté intérieure. « Si vous ne redevenez pas comme des enfants… ».
Ce que je peux dire, c’est que nous avons pu expérimenter ensemble durant ces trois journées le Royaume au milieu de nous avec ses fruits de bienveillance, de paix joyeuse et de douce simplicité.
Nos cœurs n’étaient-ils pas brûlants avec ces rencontres et ces échanges vécus pendant ce séjour ! Merci à l’équipe organisatrice de nous avoir donné la possibilité de vivre ce « faire Eglise » en communauté CVX !
Hervé


